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À l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en janvier 1933, l’Allemagne est menacée par une campagne de boycott international. Pour tenter de la contrecarrer, le nouveau pouvoir va signer un accord avec le mouvement sioniste, qui survivra jusqu’à l’éclatement de la guerre en 1939. Et le sionisme sera le seul mouvement politique juif autorisé en Allemagne durant cette période.

C’est une médaille frappée à l’occasion d’une série d’articles “Un nazi va en Palestine” publiée dans le journal nazi Der Angriff (“L’Attaque”), un souvenir de la coopération entre le parti nazi et l’association sioniste allemande, en faveur de l’objectif commun d’amener les Juifs allemands en Palestine (le «transfert»).

Au début de la période du régime nazi en Allemagne, le mouvement sioniste avait tendance à coopérer avec la ligne prise par le régime nazi au début de sa trajectoire – encourageant l’immigration juive allemande en Palestine. Au printemps 1933, l’Union des sionistes allemands décida de contacter des éléments du parti nazi susceptibles de soutenir la cause sioniste.

Les couples Tuchler et von Mildenstein sur le bateau qui les emmène en Palestine.

Kurt Tuchler, un juriste juif allemand et membre de l’Association sioniste allemande, a fait appel à Léopold von Mildenstein, chef du département juif du SD (Service de sécurité nazi et SS), et lui a demandé d’écrire sur la communauté juive en Palestine. En 1933, ils voyagèrent ensemble en Israël avec leurs épouses pendant un mois, afin de permettre à von Mildenstein de s’imprégner de l’entreprise sioniste florissante.

À son retour en Allemagne, von Mildenstein a publié une série de douze articles accompagnés de photographies sur sa tournée en Palestine dans le journal nazi Der Angriff, l’organe du ministre de la propagande nazie Joseph Goebbels. Les articles portaient le titre “Un nazi va en Palestine”. Goebbels a lançé cette médaille à l’occasion de la série d’articles.

L’entente Sioniste/nazi :

Les premiers chefs du mouvement sioniste ont des relations plutôt bonnes avec les antisémites avoués, en tout cas en Europe de l’Ouest. Theodor Herzl fréquente à Paris des antisémites notoires.

Tandis que Chaim Weizmannjoue constamment sur l’antisémitisme. Ainsi, lors de son premier entretien avec Lord Balfour, en décembre 1914 (avant que celui-ci entre au gouvernement britannique), il se déclare d’accord avec bien des points de vue des antisémites allemands : la tragédie est que les juifs allemands abandonnent le judaïsme sans être reconnus comme vraiment allemands par les autres Allemands. Durant toute son action politique, y compris dans les années 1920, il évoque le côté destructeur du judaïsme que seul le sionisme peut remettre sur la bonne voie.

Avril 1925. — Lord Balfour (g.) en compagnie du maire de Tel Aviv, Meir Dizengoff, pour l’inauguration de l’université hébraïque.

Tandis que Chaim Weizmannjoue constamment sur l’antisémitisme. Ainsi, lors de son premier entretien avec Lord Balfour, en décembre 1914 (avant que celui-ci entre au gouvernement britannique), il se déclare d’accord avec bien des points de vue des antisémites allemands : la tragédie est que les juifs allemands abandonnent le judaïsme sans être reconnus comme vraiment allemands par les autres Allemands. Durant toute son action politique, y compris dans les années 1920, il évoque le côté destructeur du judaïsme que seul le sionisme peut remettre sur la bonne voie.

Le 2 novembre 1917, le ministre des affaires étrangères britannique Arthur James Balfour adressait une « lettre d’intention » au député conservateur et banquier Lionel Walter Rothschild, ami de Haïm Weizmann, leader de la branche britannique de l’Organisation sioniste mondiale (OSM) et futur premier président de l’État d’Israël, le véritable destinataire de la missive. Le 8 novembre, la lettre paraîtra dans la presse britannique, avant d’entrer dans l’histoire comme la « déclaration Balfour ». Que disait cette lettre ?

Quand les juifs rejetaient le sionisme :

À l’époque, les projets de Haïm Weizmann et de Lionel Walter Rothschild étaient combattus jusqu’au sein du cabinet par des représentants de l’establishment juif britannique, en particulier par Lord Edwin Samuel Montagu (1879-1924), secrétaire d’État à l’Inde. Les juifs hostiles au sionisme étayaient leur opposition de considérations « pratiques » : étroitesse et pauvreté du territoire, difficultés climatiques, « problème arabe »… Ils s’opposaient aussi à « la théorie sioniste d’une nationalité [juive] sans patrie, qui aurait pour effet de transformer les Juifs en étrangers dans leur pays natal [et qui] mettrait les Juifs en péril dans tous les pays où ils avaient obtenu l’égalité ». Qui, enfin « engagerait les Juifs « palestiniens » — 60 000 à l’époque — « dans des luttes à mort avec leurs voisins d’autres races ».

Dans les premières décennies du mandat britannique sur la Palestine, les bâtisseurs du « foyer national juif » se heurtent à des difficultés presque insurmontables. L’émigration juive est conditionnée aux moyens financiers et ceux-ci sont insuffisants. On est fort loin de pouvoir espérer un jour constituer une majorité juive à même d’établir son État sur le pays. En 1929, la création de l’Agence juive qui associe au projet les juifs non sionistes permet d’espérer une amélioration de la situation financière, mais la crise mondiale entraîne plutôt un affaiblissement des contributions de la diaspora.

La Grande Dépression de 1929

Puis fin de la dépression en 1932. Une médaille étrange ?

Médaille commémorative américaine célébrant la fin de la Grande Dépression de 1929

Boycotte ou transfert :

Accord de transfert pour les Juifs quittant l'Allemagne nazie en vertu de l'Accord Haavara, pour récupérer certains actifs quand ils arrivent en Palestine. Ce document date de 1939,

Haavara, littéralement « accord de transfert ») est un accord signé le après trois mois de négociations entre la Fédération sioniste d’Allemagne, la Banque Leumi (sous les ordres de l’Agence juive, structure de liaison entre les sionistes établis en Palestine et les autorités britanniques, ayant conquis la Palestine dès fin 1917 et ayant ensuite reçu mandat en 1922 de la Société des Nations de l’administrer et de la gérer) et les autorités nazies, avec l’arrivée au pouvoir de Hitler et de ses partisans le , faisant suite aux élections allemandes de novembre 1932, où le parti nazi était devenu le premier parti politique allemand, avec environ 33,1 % des voix.

L’accord a été conçu pour faciliter l’émigration des Juifs allemands vers la Palestine, alors territoire sous mandat britannique. Aidant les Juifs à émigrer, il les force à abandonner la plupart de leurs possessions à l’État allemand avant le départ. Ces actifs, selon l’accord, pouvaient être obtenus plus tard, en les transférant en Palestine.

Le mouvement de boycott des produits allemands vient plutôt de la « base ». Pour les nazis, il rappelle le terrible blocus de la première guerre mondiale et entre dans le cadre de leur vision complotiste d’une puissance juive mondiale. Au moment où la dévaluation du dollar affaiblit encore plus les échanges mondiaux, la crise de change frappe particulièrement l’Allemagne, lourdement endettée envers les États-Unis. La chute du crédit allemand ne permet plus d’emprunter pour pouvoir rembourser les emprunts précédents. Durant l’été 1933, les réserves de change ne couvrent qu’un mois d’importations alors que le régime nazi a refusé de suivre le Royaume-Uni et les États-Unis dans une politique de dévaluation. De surcroît, l’Allemagne a suspendu le paiement de ses dettes envers l’étranger, puis l’a repris partiellement. Or les importations sont vitales pour faire tourner la machine économique : l’agriculture est loin de fournir la totalité des besoins alimentaires, l’industrie a besoin de minerai de fer et les transports dépendent du pétrole et du latex venus de l’étranger.

L’une des solutions envisageables est de se passer de la monnaie en échangeant de la marchandise contre de la marchandise, ce qui implique un équilibre entre les importations et les exportations, procédé de plus en plus courant dans les années 1930.

Il est certain que le mouvement de boycott lancé au printemps 1933 a eu un impact sur les exportations allemandes déjà atteintes par les dévaluations des compétiteurs et la baisse de la demande mondiale. Dans ce contexte, un homme d’affaires audacieux, Sam Cohen, propose dès mars 1933 un accord de transfert : les juifs qui voudraient émigrer en Palestine pourraient mettre sous séquestre leurs biens en Allemagne et recevoir en compensation la contrepartie en marchandises allemandes. On obtiendrait des visas dits « capitalistes » conditionnés à l’importation d’un capital d’au moins 1000 livres sterling. Après un certain nombre de péripéties, il est rejoint dans ce projet par des cadres de l’Agence juive. L’accord est finalisé en août 1933. Il est entendu que le mouvement sioniste mettra tout son poids pour mettre fin au boycott. C’est ce qui se passera dans les faits. Le troc sera très approximatif, les émigrants perdant une part de leur capital qui devient de plus en plus importante à fur et à mesure que l’on se rapproche de 1939.

Il y a incontestablement là une convergence d’intérêts entre le mouvement sioniste qui manque de capitaux et d’émigrants.

Il y aura ainsi durant toute cette période une relation de travail entre les sionistes et les nazis. Le sionisme sera le seul mouvement juif politique autorisé dans l’Allemagne nazie. L’immigration dite « capitaliste » permet par le mouvement économique induit d’obtenir des visas conditionnés par la capacité d’absorption qui ont bénéficié surtout à des juifs polonais.

Les riches ont fui, les pauvres sont morts !

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