Thanksgiving, la fête d’un Génocide !

Thanksgiving, la fête d’un Génocide !

24 novembre 2022 0 Par Admin

Le vendredi 3 août 1492, la Pinta, la Niña et la Santa María, les trois navires de Christophe Colomb quittent le port de Palos de la Frontera en Andalousie avec près de 90 membres d’équipage. Moins de trois mois plus tard, l’expédition accoste dans plusieurs contrées des Amériques dont Cuba le 28 octobre. 1492 marque ainsi la mal nommée « découverte de l’Amérique », mais c’est aussi l’année où l’Espagne, après près de huit siècles, vint à bout du dernier bastion de la religion musulmane avec la reconquête de Grenade le 2 janvier 1492. La guerre dite « sainte » de l’Église contre l’Islam, conduite par Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille qui avaient unifié leurs domaines rivaux par le mariage, était victorieuse. L’exaltation « nationaliste » s’accommode d’une poussée xénophobe imprégnée d’intolérance. Trois mois plus tard, environ 150 000 juifs qui refusaient de se convertir au catholicisme furent expulsés du territoire espagnol (le 31 mars 1492). La culture guerrière des croisades s’exporta vers les nouvelles colonies. La reine Isabelle qui avait patronné l’Inquisition fut d’ailleurs consacrée première Dame de ce « Nouveau Monde » par le pape espagnol Alexandre VI. Le royaume de Dieu s’étendait et les conquistadors exhortaient les multiples peuples originaires mal nommés « les Indiens » à se convertir à la foi catholique par la force |. Au moins 10 millions d’habitants originaires des Amériques furent exterminés entre 1500 et 1600 avec la bénédiction du Vatican |. Dans toutes les annales de l’histoire humaine, il n’existe aucune catastrophe démographique comparable, écrit Charles C. MannMais les chiffres pourraient être bien plus alarmants que cette estimation basse si l’on admet que les Amériques étaient bien plus peuplées qu’on ne l’avait cru jusqu’ici. En effet, de nombreux scientifiques estiment désormais que « la population des deux continents américains avant 1492 oscillait entre 90 et 110 millions d’habitants (dont 5 à 10 millions dans la forêt amazonienne). En d’autres termes, contrairement à ce que l’on continue d’apprendre dans les manuels d’histoire, davantage de gens vivaient en Amérique qu’en Europe à cette époque ! ». En tenant compte du « choc microbien » au contact des premiers conquistadors : des cargaisons d’épidémies inconnues dans ces territoires, à savoir la variole, la grippe, la rougeole, la peste, la pneumonie ou le typhus, se sont répandues comme une traînée de poudre au sein des populations autochtones, décimant 85 à 90 % de la population amérindienne dans le siècle qui a suivi l’arrivée de Christophe Colomb. Si l’on ajoute la malaria et la fièvre jaune importées par les Européens en Amérique, la conquête par les armes et le travail forcé, qui conduisait bien souvent à la mort, c’est 95 % des Amérindiens qui auraient disparu entre 1492 et 1600. « Le coût humain et social dépasse l’entendement. Un tel trauma déchire tous les liens qui existent au sein d’une culture. Dans toutes les annales de l’histoire humaine, il n’existe aucune catastrophe démographique comparable », écrit Charles C. Mann dans ses ouvrages de référence.

Le massacre est gigantesque. Les Amérindiens décimés devenus trop peu nombreux pour constituer une force de travail durable, les puissances coloniales font appel à la main d’œuvre extérieure africaine afin de poursuivre l’entreprise colossale du plus grand pillage de tous les temps. Alors que se déroulait le génocide des Amérindiens cité plus haut, l’historienne Aline Helg nous rappelle que, 8 à 10 millions d’Africains moururent « lors de leur capture sur leurs terres, dans les marches pour arriver aux ports africains et durant la longue attente dans les entrepôts côtiers » avant d’être embarqués et entassés dans l’entrepont des vaisseaux négriers en partance pour les Amériques. Finalement, au moins 12 millions d’Africains arrachés à leurs terre natale sont déportés vers les Amériques et les Caraïbes entre le 16e et le 19e siècle. Mais un grand nombre d’entre eux, presque 2 millions (environ 16 % du total), ne survivra pas au voyage et périra durant la traversée transatlantique avant d’arriver à destination dans les colonies européennes. Pour les survivants, leur sort est régi, en ce qui concerne la France, par le fameux Code noir, préparé par Colbert et édicté en 1685, qui déclare dans son article 44 « les esclaves être biens meubles » légiférant ainsi la traite et l’esclavage. Des milliers de captifs d’Afrique débarquaient ainsi chaque année, pour être mis en vente sur les marchés aux esclaves des Amériques. La décennie de 1784 à 1793 fut le point culminant de la traite avec des importations qui s’élevèrent en moyenne à presque 91 000 Africains par an. Mais le record historique absolu fut atteint en 1829, quand 106 000 captifs furent débarqués, presque tous au Brésil, à Cuba et dans les Antilles françaises. Une fois achetés par leurs maîtres, les esclaves sont marqués au fer rouge (qui s’ajoute au marquage sur le bateau ou à l’embarquement), subissent des coups de toutes sortes pour encourager le travail et les femmes sont fréquemment violées. Les tentatives de rébellion, avérées ou non, sont durement réprimées par coups de fouets, suivies d’une condamnation à mort sous la torture par le supplice de la roue, les esclaves sont écartelés, mutilés, castrés, pendus ou brûlés vifs sur le bûcher. Décapitées, les têtes sont exhibées, toujours sur la place publique, pour montrer l’exemple. En cas de fuite, il arrive que les oreilles soient coupées ou le jarret tranché. L’imagination pour la torture n’a pas de limite et la liste n’est pas exhaustive.

Derrière la fête de famille de Thanksgiving se cache l’un des pires génocides de l’Histoire.

En cette fin d’année, les Américains croulent sous les festivités : Halloween, Thanksgiving et Black Friday annoncent en grande pompe les prochaines célébrations de Noël et du Nouvel An. Au pays de l’Oncle Sam, tout le monde se prépare pour Thanksgiving : les maisons sont décorées, les dindes attendent d’être fourrées, et les bambins se déguisent en pèlerins et en Natifs pour honorer la mémoire de ces grands héros. Ça, c’est la version tous publics servie sur un plateau d’abondance à chaque écolier des États-Unis pour entretenir le mythe du gentil colon blanc-européen. Au Daily Geek Show, nous préférons la version « interdite aux mineurs », plus factuelle : Thanksgiving est une fête qui célèbre le génocide amérindien.

Il était une fois les pauvres puritains anglais persécutés par le méchant Roi Jacques Ier. Bien décidés à fuir la tyrannie de l’Église d’Angleterre, ils embarquèrent sur le Mayflower, un navire hollandais qui devait les emporter vers les lointaines contrées du Nouveau Monde. Les pèlerins accostèrent à Cape Cod en décembre 1620 et y fondèrent la colonie de Plymouth. Les colons n’étaient ni des chasseurs téméraires, ni des pêcheurs émérites, et encore moins d’astucieux agriculteurs : perdus dans cette immensité sauvage et offerts en pâture aux vents hivernaux, la moitié d’entre eux périt. Au cours de l’année 1621, les puritains rencontrèrent les Wompanoags, une tribu amérindienne qui partagea ses connaissances avec ces étranges envahisseurs : ils leur apprirent la chasse et la pêche, les sensibilisèrent aux bienfaits des plantes, et leur expliquèrent comment faire pousser des cultures.

Grâce aux enseignements des Natifs (Native Americans), les Pilgrim Fathers étaient fin prêts à affronter l’hiver mordant de la Nouvelle Angleterre. Pour fêter leur toute première récolte – et accessoirement remercier leurs hôtes de leur avoir sauvés la vie – ils organisèrent un gigantesque festin où se disputèrent parties de chasse, ripailles et divertissements en tous genres ! Pendant ces 3 jours de célébrations, Natifs et Européens oublièrent leur différence pour former un seul peuple, uni par le partage et la charité.

L’illustre auteur de la comptine Mary had a Little Lamb s’inspira du journal du gouverneur Bradford pour écrire Northwood – A tale of New England, où elle narre le premier repas que les colons partagèrent avec les Natifs. Suite à la publication de son roman, elle battit la campagne pour que les autorités politiques reconnaissent Thanksgiving comme fête nationale.

Et tant pis si les pèlerins et les Natifs n’ont jamais mangé de dinde – mais du gibier – ni de pommes de terre – qui firent leur apparition un siècle plus tard. L’écrivain obtint finalement gain de cause en 1863, quand Abraham Lincoln, empêtré en pleine Guerre civile, annonça que la fête nationale de Thanksgiving serait célébrée chaque quatrième jeudi de novembre. Symbole de partage et d’union nationale, cette commémoration est un affront perpétuel aux yeux des descendants d’Amérindiens, l’encensement irraisonné d’un odieux carnage oublié des manuels scolaires américains : le massacre de Pequot.

De 1616 à 1619, l’ensemble des tribus amérindiennes de la façade Atlantique furent décimées par un mystérieux fléau qui n’avait aucune emprise sur les Blancs… Du Massachussets au Maine en passant par la Nouvelle Angleterre, les tribus Pennacook, NausetAbenaki et Wompanoag perdirent 75 à 90 % de leur population. À titre de comparaison, l’Europe pleura 30 à 50 % de ses habitants quand sévit la Peste Noire au XVIe siècle. Cette « peste » apportée par les Européens dont nous ignorons encore l’origine exacte – variole, hépatite, méningite, typhus ? – permit aux envahisseurs d’étendre leur domination sur toute la côte Est, et d’enclencher le processus d’expropriation des peuples autochtones. Malgré d’innombrables pertes, les Wompanoags demeuraient toujours plus nombreux que les pèlerins du Mayflower. Il ne leur aurait suffi que d’un assaut pour venir à bout de la colonie et détruire ces calamités génocidaires. Ils n’en firent rien. Ils les aidèrent même à survivre. Une pitié que ne connaîtront pas les Anglais.

La guerre entre les Pequots et les colons anglais

À l’automne 1636, les Pequots entrèrent en guerre contre l’envahisseur anglais. L’épidémie de variole de 1633 avait emporté la moitié de la tribu, leur rivalité avec les Narragansetts et les tentatives de colonisation de leur terre par les colons ne leur laissèrent pas le choix… Le conflit se solda par une amère défaite des Pequots et la signature du Traité de Hartford en 1638, qui enterra définitivement l’existence des insurgés. Si la lutte émancipatrice des Pequots a été passée sous silence et même oubliée de beaucoup d’Américains, le Massacre de Fort Mystic est resté ancré dans bien des mémoires, surtout chez les Natifs. Le 26 mai 1636, la garnison du capitaine John Mason, épaulée de guerriers Niantics, Mohegans et Narragansetts, attaqua le village fortifié des Pequots en bordure de la Mystic River. Ils brûlèrent le village, bloquèrent les sorties, et mirent le feu aux palissades. Dévorés par les flammes, les Pequots étaient faits comme des rats : quiconque escaladait les portes finissait fusillé. Le brasier ou les balles, ça ne vous rappelle pas Ouradour-sur-Glane ? Ce 26 mai 1636, 500 hommes, femmes et enfants furent exterminés à cause de la couleur de leur peau.

Cet événement dramatique, déclencheur d’un génocide étalé sur 3 siècles – dont les États-Unis s’obstinent encore à nier l’existence – serait le socle sur lequel repose véritablement la fête de Thanksgiving !

À New-York, on ne blague pas avec Thanksgiving. Comme à chaque fois, c’est l’enseigne américaine Macys qui est en charge du défilé annuel de Thanksgiving, sobrement intitulé : Macys’ Thanksgiving Day Parade. Au programme : un énorme cortège long de 4 km en plein Manhattan avec des chars, des fanfares, des pom-pom girls – ou cheerleaders pour les connaisseurs – et les célèbres ballons géants à l’effigie des héros préférés de nos bambins – Hello Kitty, Sonic et bien d’autres. Chaque année, ce sont 3 millions d’Américains qui se pressent dans les rues de New-York pour assister à l’événement, tandis que 50 millions préfèrent le suivre chez eux bien au chaud, les yeux rivés sur leur écran TV.

Les Amérindiens, eux, célèbre « le Jour du Deuil ».

Minorité invisible par excellence, les descendants d’Amérindiens voient dans ce recueillement une manifestation pacifique contre le racisme et l’oppression qu’ils continuent de subir tous les jours.

En novembre, CNN s’était emparé des chiffres du Disease Control and Prevention pour montrer que le « taux de Natifs américains tués lors de contrôles de police dépassait celui de tout autre groupe ethnique ». Les affronts envers les Natifs sont si nombreux qu’il nous serait impossible de tous les lister : le génocide amérindien, les violations des traités signés avec les États-Unis, la construction du Mont Rushmore sur une montagne sacrée, le massacre de Wounded Knee… Et leur situation actuelle n’est guère plus enviable : ils présentent 770 % de risques en plus de mourir d’alcoolisme et leur taux de chômage et de suicide atteignent des records inégalés dans les autres communautés du pays.

Presque 400 ans ont passé depuis le premier repas de Thanksgiving, et les Natifs sont passés de maîtres des lieux à minorité fantôme, encombrants vestiges d’une époque peu glorieuse que l’Amérique préfère oublier à coup de dindes farcies et de purée de pommes de terre. Dans son article Occupation et génocide en guise de « découverte », Jérôme Duval estime qu’entre 1492 et 1600, près de 95 % de la population amérindienne aurait péri sous les maladies européennes (fièvre jaune, malaria…), les conflits armés et le travail forcé. Nous parlons de la mort de plusieurs dizaines de millions de femmes et d’enfants ! Et chaque quatrième jeudi de novembre, les descendants de ce noble peuple exterminé par la volonté suprême des chrétiens européens sont ramenés à leur triste condition de survivants désavoués, abandonnés, humiliés par ceux-là mêmes qui ont tué leurs ancêtres et pris possession de leurs terres.

 

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